Essai — Critique d’art
Art Contemporain, Art Officiel
Patrick Burandelo
Et si l’art contemporain n’était pas un art ? Non pas un art décevant, ni un art en crise : une absence d’art, installée, institutionnalisée, devenue officielle.
L’hypothèse est brutale, et Patrick Burandelo la tient jusqu’au bout. Elle oblige à un déplacement de méthode. Quand l’objet de l’étude se dérobe, il ne reste qu’à étudier introspectivement ce qu’attend le sujet de cette institution vacante — de la même façon qu’une zone cérébrale blessée révèle sa fonction par son absence.
Ce que décrit alors l’essai, c’est un circuit fermé. L’œuvre n’est plus ce qu’on regarde, mais ce qui circule : la cote, le commentaire, l’institution qui adoube. Le regard ne cherche plus, il valide. Et le vide cesse d’être un échec pour devenir un principe actif, une mécanique qui déplace l’attention de l’objet vers ce qui l’entoure.
Burandelo pousse ensuite l’analyse vers un registre inattendu, celui de l’emprise. La figure du pervers narcissique vient nommer un rapport de séduction et de domination qui ne relève plus de l’esthétique mais de la psychologie. Ce que l’on perd avec le beau, suggère-t-il, n’est pas une tradition : c’est un espace commun de perception et de jugement.
D’où la thèse, originale et ardue : la négation de l’art est une idéologie de fait. Non formulée, jamais revendiquée, mais redoutable en termes de confusion cognitive.
L’auteur
Né en 1965, ingénieur de formation spécialisé en modélisation, Patrick Burandelo a découvert le dessin figuratif avec passion avant de s’improviser critique d’art — à la manière d’Aude de Kerros — pour comprendre ce qui s’est passé dans sa génération. Il mène en parallèle une réflexion approfondie sur l’art africain, inventeur de l’abstraction, et sur l’injustice qui lui a été longtemps faite.